Sunday, January 12, 2014

Thaïlande : l’économie dans la tourmente

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La crise politique thaïlandaise commence à avoir des conséquences directes sur l’économie : le secteur du tourisme est directement touché, le cours du baht et  l’indice SET de la bourse thaïlandaise sont aussi nettement orientés à la baisse.

Le Conseil du tourisme de Thaïlande a prédit que le mois de janvier devrait enregistrer une baisse de 400.000 visites touristiques, soit une réduction de 16% et de près de 600 millions de dollars en chiffre d’affaires. Le mois de janvier est traditionnellement un mois d’affluence pour le tourisme en Thaïlande, en particulier au moment des célébrations du nouvel an chinois qui attirent de nombreux touristes de la région.

Touristes chinois Bangkok Les troubles politiques vont entrainent une baisse de fréquentation des touristes asiatiques à Bangkok

Plus de 40 pays ont maintenant lancé des avertissements diplomatiques déconseillant de voyager en Thaïlande. Les manifestants anti-gouvernementaux ont déclaré ne pas chercher à bloquer les aéroports comme en décembre 2008 lorsque le PAD (Chemises Jaunes) avait fermé Suvarnabhumi pendant plusieurs semaines, provoquant le désarroi de centaines de milliers de voyageurs.

Mais les touristes asiatiques, réputés très prudents, ont commencé à annuler leurs vacances vers Bangkok :  trois compagnies aériennes (Singapore Airlines, Hong Kong Airlines et Cathay Pacific) ont déjà annoncé l’annulation de 112 vols pour le mois de janvier. Des perturbations importantes sont à attendre à partir du 13 janvier : Aéroports de Thaïlande (AOT) conseille aux voyageurs de partir de Bangkok au moins quatre heures avant l’heure d’embarquement et d’utiliser le train pour rejoindre Don Mueang ou l’Airport Link pour Suvarnabhumi.

Ce matin la bourse à ouvert en légère hausse à Bangkok (1237) , mettant fin à une séquence de 12 jours consécutifs de baisse. La Bourse de Bangkok a chuté de 11 % depuis le 24 novembre, jour du premier grand rassemblement anti-gouvernement à Bangkok. Le baht est à son plus bas niveau depuis 2010 à 33 baht pour un dollar, ou 44,8 pour un euro.

Le SET risque de tomber en dessous de 1100 points, et le baht pourrait baisser jusqu’à 34 pour un dollar, a prévenu Voravan Tarapoom, le chef de la direction de la BBL Asset Management Co. Ltd (Bangkok Bank), qui possède près de 12 milliards de dollars d’actifs sous gestion.

Par le passé on a pu observer une certaine déconnexion entre le climat politique très instable depuis 2006, et les performances économiques de la Thaïlande qui restent dans l’ensemble satisfaisantes. Mais un certain effet d’usure commence à se faire sentir, notamment par le biais du report constant des programmes de modernisation des infrastructures, dont la Thaïlande à grand besoin pour affronter l’échéance de 2015.

En l’absence de voie claire de résolution d’un conflit politique dont les racines remontent à plus de 10 ans, les observateurs craignent que le pays ne se retrouve sans un gouvernement capable pendant encore plusieurs années, prolongeant d’autant les conséquences néfastes de l’inaction pour le futur économique du royaume.

Le siège de Bangkok prévu pour le 13 janvier

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Le comité de la réforme démocratique populaire  (People’s Democratic Reform Committee ou PDRC), une coalition anti-gouvernementale dirigée par M. Suthep Thaugsuban a annoncé la nuit dernière les détails de son plan pour assiéger Bangkok à partir du 13 janvier. 

Le chef du PDRC et de l’opposition anti-gouvernementale Suthep Thaugsuban a déclaré que le siège de Bangkok pourrait durer un mois ou plus, au moins jusqu’à ce que le gouvernement intérimaire de Yingluck Shinawatra démissionne.

A partir de dimanche prochain des marches quotidiennes seront organisées dans la capitale thaïlandaise afin que les membres du PDRC puissent promouvoir leur projet d’occupation de Bangkok auprès des communautés locales de Bangkok, et enregistrer des suggestions sur la façon dont elles pourraient contribuer au siège.

Occupation de Bangkok : les manifestants ont prévu de bloquer 20 intersections. Occupation de Bangkok : les manifestants ont prévu de bloquer 20 intersections. (Carte de Komsan Jandamit, Bangkokpost.com)

Il a également cité des actions possibles de partisans du PDRC rattachés à l’Université de Chulalongkorn, pour la mise en place d’une scène à l’intersection de Pathum Wan, et la possibilité d’une action concomitante d’un groupe d’ hommes d’affaires qui vont faire de même sur Silom Road.

Les manifestants ont annoncé aujourd’hui le blocage de 20 intersections dans le centre de Bangkok à partir du 13 janvier 9h :

1) Uruphong 2) Charoenpol 3) Hua Lamphong 4) Bang Rak 5) Silom 6) Sam Yan 7) Phaya Thai 8) Ratchathewi 9) The Victory Monument 10) Siam Square 11) Lat Phrao five-way intersection 12) Din Daeng 13) Pratunam 14) Ratchaprasong 15) Lumpini 16) Klong Toey 17) Asok 18) Ratchadamnoen 19) Petchaburi 20) Yaowarat

Le PDRC a également appelé ses supporteurs à se rassembler devant les logements des membres du gouvernement, pour empêcher leur déplacement et limiter leurs activités.

Un peu plus tôt aujourd’hui, le chef de la police de Bangkok a reconnu que les « hommes en noir » qui ont tiré à balles réelles sur les manifestants le 23 décembre aux abords du stade Thai – japonais, étaient des membres de la police en civil. Il a déclaré qu’une enquête est ouverte pour les identifier.

Saturday, January 11, 2014

Phuket, la Thaïlande sans souci

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Phuket est la station balnéaire par excellence pour les touristes en vacances en Thaïlande qui veulent échapper à l’agitation de Bangkok. Grâce à ses plages et aux nombreuses îles avoisinantes, Phuket est devenu une destination qui attire chaque année davantage de touristes en provenance du monde entier.

Il existe maintenant de très nombreux vols directs à destination de Phuket sans passer par Bangkok, ainsi que de très nombreuses correspondances tous les jours entre Bangkok et Phuket. Aujourd’hui plus de 30 villes du monde entier sont reliées à Phuket par des vols réguliers sans escales dont Abou Dabi, Copenhague, Dubaï, Copenhague, Francfort, Hong Kong, Sydney, Beijing, Singapour (voir tableau en bas d’article).

Phuket est également desservi par les deux aéroports de Bangkok : depuis l’aéroport international de Suvarnabhumi (BKK) avec Thai Airways et Bangkok Airways, et depuis l’aéroport de Don Mueang (DMK) avec AirAsia, Nok Air et Orient Thai.

Avantagée par la nature et l’hospitalité souriante de ses habitants, dotée de superbes infrastructures touristiques, Phuket est aujourd’hui une des premières stations balnéaires tropicales du monde. A 867 kilomètres au sud de Bangkok, Phuket est la plus grande île de Thaïlande, avec une silhouette de perle irrégulière longue de 21 kilomètres. Localisée dans le sud du pays, Phuket est la capitale de l’île-province de Phuket : en atteignant les 50 000 habitants, la ville de Phuket a gagné le statut officiel de ville ou Thesabannakhon dans la langue locale, depuis le 13 février 2004.

Le climat de la ville, comme de l’île en général, est de type mousson mais les saisons sont moins marquées que dans le centre et le nord de la Thaïlande. Les températures restent très homogènes dans l’année avec une moyenne supérieure de 31°c et inférieure de 24°C.

Au coucher du soleil, il faut se retrouver sur la colline surplombant Phuket afin de profiter d’une vue panoramique sur la ville et l’admirer sous une lumière rouge-orangée. Il est conseillé de goûter à la cuisine thaïe pour finir en beauté la soirée, avant de reprendre le lendemain la visite du pays. À l’intérieur des terres, les touristes passant un séjour en Thaïlande pourront visiter des villages typiques de pêcheurs, des plantations d’hévéas ou encore des fermes de crevettes.

Les passionnés d’histoire et de culture apprécieront les circuits en Thaïlande les menant vers les différents temples de Phuket, particulièrement Wat Chalon et WatPhra Long, ou encore le musée national de Thalang, abritant la statue de Vishnu. L’architecture coloniale du XIXe siècle, visible dans les rues de la ville, est déjà un musée en soi, mais il est nécessaire de visiter les galeries d’art comme The Loft pour avoir une idée de la richesse artistique du pays.

La colline de Khao Rang Hill offre une vue dégagée de la ville et en redescendant, les touristes en vacances en Thaïlande pourront admirer la plus haute statue de Bouddha, mesurant 9 m. Les couche- tard pourront visiter le marché nocturne de Phuket-ville et goûter aux spécialités thaï à petits prix ou passer de bons moments dans des bars à cocktails ou jazz clubs. Concevez votre séjour en Thailande ou circuits en Thailande avec le spécialiste du voyage en Thailande : UnMondeThailande.

Abou Dabi – Émirats arabes unisThai AirAsia, Nok Air, Orient ThaiDragonair, Hong Kong Express, Thai AirAsia, …AirAsia, Malaysia, Qatar AirwaysCebu Pacific, Tigerair PhilippinesSilkair, Jetstar Asia, Tiger, …Utapao-Rayong-Pataya International Airport

Conseils de prudence en Thaïlande

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Avec les manifestations qui se préparent à partir du 13 janvier, il sera peut être préférable d’éviter Bangkok lors d’un prochain voyage en Thaïlande. Si ce n’est pas possible compte tenu de votre emploi du temps, il est recommandé de prendre un hébergement à proximité du BTS ou du MRT qui vous permettra de rejoindre l’Airport link pour prendre votre vol, même si la circulation est bloquée.

Le BTS (skytrain) comme le MRT (métro sous terrain) offrent des correspondances avec l’Airport Link, qui n’est pas menacé par les manifestations.

Hier l’ambassade de France à Bangkok a renouvelé ses conseils de prudence à l’intention des voyageurs à destination de Bangkok comme suit :

Depuis le lundi 5 janvier 2014, l’opposition anti-gouvernementale organise des marches de protestation dans le centre de Bangkok, ainsi que des actions de mobilisation en province. Ces opérations visent à préparer la paralysie du centre de la capitale thaïlandaise à partir du lundi 13 janvier, théoriquement jusqu’à la démission du Gouvernement.

Les vingt points de rassemblement annoncés, à ce jour, sont les suivants :

- le carrefour d’Uruphong (quartier ministériel)- le carrefour de Charoenpol (avenue Rama IV)- le quartier de Hua Lamphong (avenue Rama IV, où se trouve la gare de Bangkok)- le quartier de Bang Rak (où se trouve l’Ambassade)- le quartier de Silom (où se trouve le centre commercial Central Silom – Rama IV)- le quartier de Sam Yan (avenue Rama IV)- le carrefour de Phaya Thai- le quartier de Ratchatewi (avenue Petchaburi)- la place du monument de la Victoire (Victory Monument)- la place du Siam (Siam Square – avenue Rama I)- le carrefour de 5 voies de Lat Phrao- le quartier de Din Daeng- le quartier de Pratunam- le carrefour de Ratchaprasong- le parc Lumpini- la rue Klong Toei- le carrefour d’Asok (où se trouve le centre commercial Terminal 21),- l’avenue Ratchadamnoen (quartier ministériel)- le carrefour de Phetchaburi- l’avenue Yaowarat (dans le quartier chinois).

Les rassemblements se concentreraient d’abord dans sept parties de la ville : Pathumwan (où se situe Bangkok Art and Culture Center), Ratchaprasong, Lumpini, Asok, Monument de la Victoire, Lat Phrao et Chaeng Wattana. Des marches seraient aussi organisées, notamment dans le quartier de Thon Buri.

Le BTS (skytrain) comme le MRT (métro sous terrain) offrent des correspondances avec l'Airport Link Le BTS (skytrain) comme le MRT (métro sous terrain) offrent des correspondances avec l’Airport Link, qui n’est pas menacé par les manifestations.

Ces points recouvrent l’étendue des quartiers commercial et financier de Bangkok (à partir des avenues de Petchaburi et de Rama I sur laquelle se trouvent les grands centres commerciaux de la capitale – Siam Paragon, Central World, MBK…), ainsi que ceux de Bang Rak, China Town et du quartier ministériel (avenue de Ratchadamnoen).

Les organisateurs de ce mouvement affirment qu’ils n’ont pas l’intention d’entraver les transports en commun (bus, BTS et métro) ou de bloquer les aéroports. Il convient néanmoins de tenir compte de probables difficultés de circulation et donc d’anticiper tout déplacement dans la ville, notamment vers les aéroports, en se ménageant une marge de temps confortable.

Il est impératif d’éviter tout rassemblement et toute manifestation qui pourraient dégénérer et devenir violents.

publié le 7 janvier 2014

Friday, January 10, 2014

Les « Chemises Rouges » menacent l’opposition de représailles

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Le groupe des « Chemises Rouges », ou UDD (pro-gouvernemental) a annoncé aujourd’hui  qu’il s’opposerait aux manifestants anti-gouvernementaux qui ont déclaré vouloir paralyser Bangkok le 13 janvier prochain.

Jatuporn Promphan, un des principaux dirigeants du Front uni pour la démocratie contre la dictature (UDD, pro Thaksin), a déclaré que les détails de l’opération prévue sur Bangkok seront communiqués plus tard, mais qu’il demandait à ses militants à se tenir prêts pour le grand jour.

Il a ajouté que l’occupation de Bangkok, annoncée par Suthep Thaugsuban leader du mouvement antigouvernemental, risquait de conduire à la guerre civile.

Jatuporn Promphan a lui même dirigé l’occupation de Bangkok en avril 2010 pendant environ deux mois, avant d’être délogé par l’armée au cours d’affrontements qui firent 90 morts.

Les silences de l’armée thaïlandaise

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C’est un peu paradoxal, mais l’armée est tellement présente en Thaïlande que lorsqu’elle fait preuve d’une relative discrétion, elle ne fait que renforcer les inquiétudes quant à sa possible intervention,  tout en suscitant une avalanche d’invérifiables spéculations.

Les rumeurs de coup d’Etat sont fréquentes en Thaïlande, mais cette fois c’est le gouvernement lui même qui est à l’origine d’une insistante rumeur qui implique l’armée : le but inavoué de l’occupation de Bangkok, qui doit débuter à partir du 13 janvier pour une durée indéterminée, serait de créer les conditions pour une intervention militaire.

En d’autres termes :  un coup d’Etat serait en préparation pour déposer l’actuel gouvernement, avec la complicité du PDRC (le mouvement anti-gouvernemental dirigé par M. Suthep Thaugsuban).

YingluckMilitary La Premier ministre Yingluck Shinawatra en compagnie de hauts gradés de l’armée : premier à gauche en costume, le général Yuthasak Sasiprapa, vice ministre de la défense. Premier à droite, en uniforme, le général Prayuth Chan-ocha, actuel chef de l’armée. Photo : https://www.facebook.com/Y.Shinawatra

Le Parti Pheu Thai, via Sunisa Letphakkawat, porte-parole adjointe du gouvernement intérimaire, a lancé la semaine dernière les spéculations  sur un « plan secret » du PDRC pour encourager l’armée à organiser un coup d’Etat. Argument supplémentaire et considéré comme hautement significatif : Mme Sunisa ajouté que le 14 janvier a été designé par l’astrologue du PDRC comme un jour de bon augure pour un putsch militaire.

Les rumeurs d’une intervention militaire ont ensuite gagné en intensité après que l’armée a annoncé un important plan de transport de troupes, d’hélicoptères et d’autres armements lourds tels que de l’artillerie et des chars, en provenance des provinces vers Bangkok cette semaine. Mais selon le journal Khaosod il ne s’agirait que des préparatifs pour la journée des enfants qui tombe cette année le 11 janvier. Un défilé est également prévu le 18 janvier, jour de commémoration de l’armée royale thaïlandaise.

Jusqu’à présent l’armée thaïlandaise est restée très en retrait par rapport aux événements qui agitent Bangkok depuis plus d’un mois. Échaudée par son expérience de 2006, elle semble plutôt réticente à s’engager de nouveau de manière ouverte dans la vie politique.

Son intervention en 2006 pour déposer le frère de l’actuel Premier ministre, Thaksin Shinawatra, avait suscité une condamnation quasi unanime de la communauté internationale, sans véritablement réussir à atteindre son but.

Sept ans après le coup d’Etat de 2006, Thaksin dirige toujours la Thaïlande et reste au centre de toutes les spéculations quant à l’avenir politique du pays.

« L’armée ne veut pas utiliser son pouvoir pour forcer les gens à faire des choses », a déclaré le général Prayuth au cours d’une conférence de presse la semaine dernière.

« Nous n’avons pas à demander au Premier ministre de démissionner. »

a t-il ajouté sans toutefois exclure complètement la possibilité d’un coup d’Etat avec une formule elliptique.

« La porte n’est ni ouverte, ni fermée. Tout dépendra des circonstances »

De son coté Yingluck Shinawatra a déclaré dimanche qu’elle était inquiète des troubles qui pourraient se produire à partir du 13 janvier, tout en réaffirmant sa volonté de tenir les élections à la date prévue.

« L’élection ne peut pas être une panacée pour résoudre les problèmes immédiatement, mais l’élection est le meilleur remède pour aider à résoudre les conflits dans le cadre du système démocratique »

a déclaré Mme Yingluck dans un post sur sa page Facebook.

Mme Yingluck Shinawatra a récemment demandé au général Prayuth et à l’armée de l’aider à mettre en place un dialogue avec M. Suthep qui dirige les manifestations. Mais cette offre n’a pas été suivie d’effet. De leur coté les chemises rouges ont menacé le pays d’un pandémonium géant si l’élection est empêchée, ou si l’armée intervient.

Le général Prayuth Chan-ocha, a pris ses fonctions de commandant de l’armée royale thaïlandaise en octobre 2011. Il est alors rapidement devenu l’adversaire de l’ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra et des “chemises rouges”.

Le quotidien Bangkok Post annonçait alors une « implication plus forte de l’armée dans la politique ». En effet, le chef de l’armée a souvent eu son mot à dire et se fait régulièrement entendre sur les sujets impliquant la royauté ou la politique.

Lors des précédentes élections législative de juillet 2011, le général Prayuth Chan-Ocha avait appelé les électeurs  à voter pour les « bonnes personnes »,  afin de «protéger la monarchie et changer le pays pour le mieux».

Lire aussi Le général Prayuth compte avoir le dernier mot – armée – thailande-fr
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Thursday, January 9, 2014

L’information sacrifiée sur l’autel de la religion (RSF)

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Nombreux, trop nombreux sont les pays où l’information et ses acteurs doivent affronter tous les jours une censure bien particulière et redoutable : celle qui s’exerce au nom de la religion voire de Dieu lui-même. De plus en plus souvent, cette volonté de faire pièce à la liberté d’informer invoque le très subjectif et difficilement définissable “sentiment des croyants”. 

Ce contexte est lourd de risques. Reporters sans frontières en dresse l’état des lieux, assorti de recommandations, dans son rapport “Blasphème : L’information sacrifiée sur l’autel de la religion” rendu public ce 12 décembre 2013.

A l’appui de multiples exemples traités par l’organisation au Moyen-Orient, en Afrique, en Asie, mais aussi dans certaines régions d’Europe (le continent américain faisant ici exception), ce travail s’articule en trois temps.

rsf2013

Le premier s’attache à décrire les entorses au droit de savoir, parfois cruelles, brandies sous l’onction du sacré. Il révèle en même temps combien le couperet religieux contre les journalistes et les blogueurs sert avant tout des intérêts politiques. Bien rares, en effet, sont les cas où la censure tombe pour punir un blasphème ou l’atteinte supposée au dogme.

Dans l’Iran des Mollahs, dans les émirats du Golfe persique, mais aussi dans ces pays où les patriarcats orthodoxes gardent une forte influence, le journaliste est vite assimilé à l’hérétique dès qu’il ose informer des pratiques de pouvoir bien peu saintes d’un régime et de sa cléricature. Et quand il ose dénoncer les exactions d’un groupe islamiste armé, au Pakistan, au Bangladesh ou au Nigéria, il devient l’infidèle à abattre bien que musulman lui-même.

Usage politique de la religion, certes, mais poids bien réel de celle-ci dans des sociétés où la frontière du spirituel et du temporel n’est pas reconnue. Donner la parole à des homosexuels du Sultanat d’Oman, qui estiment leur sort plus enviable que dans les pétromonarchies de droit divin voisines ?

C’est oser promouvoir la “dépravation morale” et donc le “sacrilège”. Marqueurs de sécularisation, des sujets tels que la condition des femmes, la sexualité ou la procréation valent autant de tabous.

Le deuxième temps du rapport explore les différentes formes de législations sanctionnant les atteintes à la religion ou au dit “sentiment des croyants”. De telles lois ont cours dans près de la moitié (47 %) des États de la planète.

Si seuls les États islamiques les plus durs prévoient des peines – parfois de mort – pour “apostasie” (le fait de renoncer à la religion), le blasphème reste passible des tribunaux dans pas moins de 31 pays, dont la Grèce, l’Italie ou encore l’Irlande, qui a remis le délit au goût du jour en 2010.

Les applications les plus sévères ne concernent pas, là encore, que les pays dotés d’une religion d’État dont il s’agit de protéger à la fois le dogme et les représentants. Dans bien des cas, la coexistence parfois tendue entre communautés justifie aux yeux des autorités la répression contre une information susceptible d’échauffer les esprits. A double tranchant, les législations des anciens pays membres de l’Union soviétique se chargent de tracer les limites du “journalistiquement acceptable”, en sanctionnant à la fois l’“offense à la religion” et l’“extrémisme”.

Le troisième et dernier temps du rapport revient sur les conséquences diplomatiques générées par la représentation de la religion dans la sphère publique, à l’heure d’Internet et de l’information globalisée. La principale est cette croisade onusienne des pays de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), qui a bien failli sacrifier la liberté d’informer au prix d’une dangereuse résolution votée en 2007 et même soutenue par des pays athées comme la Chine, le Vietnam ou Cuba.

L’offensive, un temps atténuée, a repris en 2012 avec la publication sur YouTube de la très controversée vidéo l’Innocence des musulmans. Or les pays de l’OCI ne sont pas seuls à donner de la voix contre des libertés universelles. La Russie a pris la relève avec sa promotion des “valeurs traditionnelles” et trois résolutions en ad hoc déposées depuis 2009 au Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

Au vu de l’examen réalisé dans le présent rapport, et en accord avec son mandat et ses principes, Reporters sans frontières :

-  -Appelle les institutions internationales et leurs organismes affiliés à rejeter les tentatives de certains Etats consistant à mettre la lutte contre le “blasphème” ou la “diffamation des religions” à équivalence des droits fondamentaux de la personne.

-   -Formule le vœu de voir, à termes, aboli toute limitation de la liberté d’information et d’expression au nom de la religion dans les législations de pays européens qui prétendent “faire modèle” en matière de droits de l’homme et de pluralisme.

-   -Approuve la résolution de l’Assemblée générale de l’ONU du 19 décembre 2011, mais rappelle que “la lutte contre l’intolérance, les stéréotypes négatifs, la stigmatisation, la discrimination, l’incitation à la violence et la violence fondés sur la religion ou la conviction” s’applique autant aux non-croyants qu’aux croyants, majoritaires ou non.